www.ebbemunk.dkarrowRapport secret de Nikita Khrouchtchev (1956)

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Postface

Le Rapport Khrouchtchev et son histoire provient de "Le Rapport Khrouchtchev et son histoire" de Branko Lazitch, Éditions du Seuil, Paris, 1976.

Les annotations en anglais sont dúes à Boris I. Nicolaevsky et Jon Bone www.trussel.com/hf/stalnote.htm et www.uwm.edu/Course/448-343/index12.html.

Pour consulter le commentaire de Anatole Shub voir www.trussel.com/hf/stalintr.htm.

Commentaire: La note en anglais no. 32 [note angl.] décrit comment Khrouchtchev diminue le nombre des executions - il parle de 7679 victimes rehabilitées, mais réellement 684244 victimes avaient été executées.

La note décrit aussi comment en tant que comme secretaire du parti, Khrouchtchev a connu le véritable ordre de grandeur des executions. En 1937 il a ecrit un télégramme à Staline indiquant que 6500 + 2000 koulaks etaient prèts pour l'éxécution à Moscou e environs.

Le regreté (par Khrouchtchev) Robert Eiche a eu une position équivalente comme secretaire du parti et eu connaissance des executions en masse.

Technique: Converti en OpenOffice et edité en EditPlus. L'ortographe adoptée pour "Eikhé" est "Eiche" comme dans la traduction allemande. Les six titres sont de mon cru.

Je souhaite remercier la bibliothèque royale danoise www.kb.dk et Laure Heysch pour son aide.

Ebbe Munk

Annotations

(1) Écrivain et homme politique allemand (1849-1927), membre du parti socialiste, député du Reichstag en 1877-1878 et 1890. En 1918-1919, président du gouvernement du Wurtemberg. A publié deux livres . La Révolution française 1789-1804 et Histoire de la révolution allemande de 1848.

(2) Fondée vers 1835 à Paris par les Allemands émigrés ou exilés, la Ligue des justes, société secrète avec laquelle Marx et Engels étaient entrés en contact en 1845, prit en 1847 le nom de Ligue des communistes. C'est pour elle que fut écrit le Manifeste des communistes.

(3) 1825-1864. L'un des fondateurs du parti socialiste allemand. Marx le détestait.

(4) Cette lettre est appelée communément: "Testament de Lénine".

(5) Récit peu exact. Le secrétariat, dirigé par Staline, avait soigneusement sélectionné les 1164 délégués, parmi lesquels il réussit à ne pas faire figurer Trotski, bien qu'il fût membre du Bureau politique. Malgré ce tri sévère qui assurait l'unité à 100 % du Congrès, le "Testament" ne fut communiqué qu'à un petit nombre de délégués, désignés par Staline et réunis à part. Quand le "Testament" fut publié en Occident, en 1926, grâce à deux communistes dissidents, Boris Souvarine et Max Eastman, Staline obtint, sous la menace, que Trotski et Kroupskaïa écrivissent dans la Pravda qu'il s'agissait d'un faux.

(6) Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa (1869-1939) adhéra en 1895 au Cercle socialiste de Saint-Pétersbourg auquel appartenait Lénine; déportée en même temps que lui en 1896, elle devint sa femme. En 1901, elle le rejoignit à l'étranger et ne se sépara plus de lui. Après la victoire bolchevique, elle travailla au commissariat à l'Instruction publique. Après la mort de Lénine, elle se rallia à l'opposition contre Staline, mais la désavoua bientôt. Membre de la Commission de contrôle en 1924, elle figura comme membre du CC de 1927 à sa mort.

(7) Léon Borisovitch Kamenev (1883-1936) entra au Parti en 1901, alors qu'il était étudiant, et fut un bolchevik de la première heure. Arrêté une première fois en 1902, et contraint à l'exil, il milita tantôt à l'étranger, tantôt clandestinement en Russie. En exil depuis 1908, il fut envoyé par Lénine en Russie au début de 1914 pour diriger la Pravda et le groupe bolchevik de la Douma. Arrêté en novembre 1914, jugé et condamné en 1915, il est envoyé en Sibérie. De retour à Pétrograd après la révolution de février 1917, il entra au CC du Parti dont il restera membre jusqu'en 1927. Hostile au coup de force, démissionnaire un moment du CC, il cumula bientôt plusieurs fonctions importantes: président du Soviet de Moscou, vice-président du Conseil des commissaires du Peuple, membre du Politburo. A la mort de Lénine, il fut l'allié de Staline et de Zinoviev, puis cette "troïka" se désagrégea, ce qui lui valut d'abord d'être envoyé comme ambassadeur en Italie, puis exclu du Parti en décembre 1927. Il fit son autocritique, fut réintégré dans la Parti dont il devait être chassé à nouveau pour être arrêté et condamné à cinq ans de prison en janvier 1935. Il fut jugé une seconde fois lors du procès monstre d'août 1936, et fusillé.

(8) C'est la première fois qu'il est fait mention de cette lettre. Elle montre que Staline commença à harceler Kroupskaïa juste après la seconde attaque de Lénine (16 décembre 1922). Il continua de le faire systématiquement jusqu'à la mort de Lénine.

(9) Gregory E. Zinoviev (1883-1936), entré au Parti en 1901, bolchevik dès 1903, membre du Comité du Parti pour Saint Pétersbourg en 1905, membre du CC de 1907 à 1927. Prit part avec Lénine aux conférences socialistes internationales de Zimmerwald et de Kienthal. Il rentra avec Lénine en 1917 traversant l'Allemagne impériale. Adversaire du coup de force d'octobre 1917, il fut président du Soviet de Petrograd, membre du Politburo, président de l'Internationale communiste de 1919 à 1926. Après la mort de Lénine, il fit bloc d'abord avec Staline, puis entra en conflit avec lui et fut exclu du Parti en 1927. Il fit son autocritique l'année suivante, fut réintégré, puis exclu à nouveau, arrêté ci condamné (à huis clos) en janvier 1935 à dix ans de prison pour participation à l'assassinat de Kirov! En août 1936, il était jugé une seconde fois, condamné à mort et exécuté.

(10) L'existence de cette lettre était connue grâce aux mémoires de Trotski (Ma vie), mais c'est la première fois que le texte complet en est publié. Lénine devait avoir sa troisième attaque le 10 mars.

(11) Le XVIIe Congrès fut réuni du 26 janvier au 10 février 1934. C'est lors de ce Congrès que Khrouchtchev entra au Comité central et devint ainsi membre de l'équipe dirigeante.

(12) Calomnie stalinienne. Trotski fut le premier à préconiser l'industrialisation et la collectivisation des terres. Staline n'a fait que reprendre ses idées.

(13) Curieuse conception de la "lutte idéologique": dès janvier 1928, les représentants de la minorité étaient déportés en Sibérie. Trotski fut exilé peu après, Zinoviev et Kamenev jetés en prison.

(14) La formule "l'ennemi du peuple" n'est pas de Staline. Elle figure dans le décrut signé, entre autres, par Lénine, Trotski et Staline et publié le 11 décembre 1917. Il mettait hors la loi le parti constitutionnel démocrate (Cadet). On lisait: "Les chefs du parti Cadet, parti des ennemis du peuple, doivent être arrêtés et remis au tribunal révolutionnaire." Lénine appliquait cette formule contre les Cadets et les SIL (socialistes révolutionnaires). Staline l'étendit aux communistes eux-mêmes.

(15) Khrouchtchev s'en tient au récit qu'on lit dans l'Histoire du PC (b.) de l'URSS, écrite sous la direction de Staline. "Le 18 octobre, le journal menchevik Novaïa Jizn (Vie nouvelle) publiait une déclaration de Kamenev et de Zinoviev sur la préparation par les bolcheviks d'une insurrection qu'ils considéraient, eux, comme une aventure. Ainsi, Kamenev et Zinoviev révélaient à l'ennemi que le Comité central avait décidé de déclencher l'insurrection, de l'organiser à bref délai. C'était une trahison" (op. cit., éditions en langues étrangères, Moscou, 1949, p. 228). La phrase de Lénine citée au paragraphe suivant du rapport est extraite de ce même ouvrage. Ce récit contient au moins une erreur, qui, de la part de Staline, voulait être une calomnie et que Khrouchtchev maintient: Novaïa Jizn n'était pas un journal menchevik, c'est-à-dire socialiste. Un premier journal avait été fondé sous ce titre en 1905, avec la collaboration de Lénine, Gorki, Krassine, Olminski. Il eut vingt huit numéros. Gorki, qui ne fut jamais menchevik, reprit le titre en avril 1917. Le journal publia (d'abord à Petrograd, puis à Moscou) des articles de socialistes internationalistes et de bolcheviks en désaccord avec Lénine sur la tactique. Novaïa Jizn cessa de paraître en juillet 1918.

Le 10 octobre 1917, à la réunion du Comité central, Zinoviev et Kamenev votèrent contre la proposition de Lénine d'organiser l'insurrection; cette proposition n'en fut pas moins adoptée. Le lendemain, Zinoviev et Kamenev firent circuler dans toutes les organisations importantes du Parti une lettre où ils donnaient les raisons de leur vote. Le 16 octobre, le Comité central confirmant sa volonté de provoquer l'insurrection, Kamenev publia dans la Novaïa Jizn, le 18 octobre, en son nom et en celui de Zinoviev, l'article auquel il est fait ici allusion et dans lequel il affirmait qu'une insurrection serait une grave erreur.

(16) Mikhaïl V. Rodzianko (1859-1924), président de la troisième et de la quatrième Douma, un des leaders de la révolution démocratique de février 1917; il y joua un rôle de premier plan durant quelques jours, puis disparut de la scène politique. Lénine et d'autres bolcheviks fabriquèrent de toutes pièces une histoire selon laquelle il aurait inspiré en coulisse des forces réactionnaires qui influencèrent la politique du gouvernement provisoire en 1917.

(17) Alexandre Kerenski (1881-1970), député à la Douma en 1912, leader des "troudoviks" (travaillistes), proches des socialistes révolutionnaires, il fut ministre de la Justice et de la Défense nationale après février 1917, puis président du gouvernement provisoire de juillet à octobre.

(18) Créé en 1902, le parti socialiste révolutionnaire représentait l'aile populiste du mouvement socialiste russe, dans lequel il voulait entraîner les paysans. Les socialistes révolutionnaires avaient mené auprès de ceux-ci une propagande importante depuis 1890, et ils bénéficiaient d'une grande influence sur eux et sur les couches de l'intelligentsia en rapport avec la paysannerie (instituteurs, dirigeants de coopératives, médecins, etc.). Aux élections de novembre 1917 à l'Assemblée constituante, ils obtinrent une nette majorité (58 % des voix contre 25 % aux bolcheviks). Après la dissolution de l'Assemblée (janvier 1918) cl la paix de Brest-Litovsk (23 février 1918), les socialistes révolutionnaires organisèrent à partir du printemps 1918 une série de soulèvements contre la dictature communiste (à Arkhangelsk, sur la Volga, en Sibérie et ailleurs).

(19) C'est avant l'arrestation de Béria (pie fut ouverte la première enquête sur les actes terroristes de Staline. Le 4 avril 1953, les "médecins" prétendus assassins étaient libérés et, pour la première fois, il était fait allusion à l'emploi de la torture pour extorquer les aveux.

(20) A s'en tenir aux sources officielles soviétiques, cette déclaration n'est pas tout à fait exacte. Le recueil le PC de l'Union soviétique d'après les Résolutions ci décisions des Congrès, conférences et plénums du Comité central (publié par l'institut Marx-Engels-Lénine-Staline en 1954) et la dernière version de l'Histoire du PC de l'Union soviétique (vol. V, p. 365, Moscou, 1970) font mention d'un plénum du CC en date du 27 janvier 1944, donc pendant la guerre. C'est alors que fut entérinée la décision de permettre aux différentes républiques de l'Union soviétique d'avoir leurs ministères des Affaires étrangères et celle de remplacer l'Internationale par le nouvel hymne soviétique.

(21) Khrouchtchev aborde ici l'étude de la "grande purge". Mais il ne rapporte qu'une part de la réalité. En particulier, il passe sous silence les grands "procès de Moscou" que Staline fit mettre en scène afin de déshonorer les vieux bolcheviks avant de les faire exécuter. En voici une liste sommaire:

Janvier 1935: procès des communistes de gauche, dits "zinoviévistes", accusés de "responsabilité morale" dans l'assassinat de Kirov (bien qu'ils fussent déjà en prison pour la plupart quand survint cet assassinat); ils furent jugés à huis clos.

Août 1936: procès de Kamenev, Zinoviev et de quatorze autres accusés. Tous reconnurent être des espions à la solde de la Gestapo et furent condamnés à mort.

Janvier 1937: procès de Radek, Piatakov et d'un prétendu "centre antisoviétique trotskiste". Les accusés avouèrent. Treize furent condamnés à mort (sur dix-sept).

Juin 1937: procès à huis clos du maréchal Toukhatchevski, chef de l'Armée rouge, et de sept généraux accusés d'espionnage. 'Fous furent fusillés.

Mars 1938: procès du "bloc des droitiers et trotskistes" (Boukharine, Rykov et dix-neuf autres). Dix-huit furent exécutés. Ces procès furent d'ailleurs accompagnés de milliers d'autres demeurés inconnus.

(22) S.M. Kirov (1886-1934), entré nu Parti en 1904, révolutionnaire professionnel, était membre du CC depuis 1923, secrétaire du Comité de Léningrad depuis 1926, membre du Bureau politique depuis 1930 cl secrétaire du Comité central depuis 1934. Il fut assassiné à Léningrad le 1er décembre 1934, par Nikolaiev (voir note) dans des conditions demeurées mystérieuses.

(23) Abel S. Enoukidzé (1877-19U) prit part au mouvement socialiste dès 1897, fut membre du parti bolchevik dès la scission du parti social démocrate. Arrêté et déporté à diverses reprises, il fut, dès sa constitution, membre du Présidium du Comité central exécutif des soviets. Dans les circonstances qu'évoque Khrouchtchev, il ne lit que transmettre par le secrétariat de Staline (et sur son ordre) et peut-être préparées déjà avant l'assassinat de Kirov (ce qui expliquerait la rapidité avec laquelle elles furent soumises à la signature d'Enoukidzé).

(24) Khrouchtchev place en décembre 1934 le début de la terreur. En fait, les méthodes qui furent généralisées alors étaient déjà pratiquées sur une large échelle. Les procès monstres avec aveux "spontanés", sont beaucoup plus anciens. Ainsi, en juin 1928, cinquante-quatre inculpés (des ingénieurs pour la plupart) comparurent devant le tribunal suprême sous l'accusation de "crime de contre-révolution économique". Tous "avouèrent". Onze furent condamnés à mort. En novembre 1930, huit ha-Lits fonctionnaires de l'économie, dont le professeur Ramzine, furent accusés de "sabotage". Ils "avouèrent". Cinq furent condamnés à mort- En mars 1931, eut lieu le "procès des mencheviks", anciens socialistes depuis longtemps ralliés au régime bolchevik. Les quatorze accusés "avouèrent", mais leurs aveux avaient été mal préparés; le tribunal prétendit établir que le socialiste russe en exil, Abramovitch, était venu clandestinement en URSS pour organiser leur action antisoviétique. Oc, à la date indiquée, Abramovitch présidait à Bruxelles, au su de tout le monde, une réunion de l'Internationale socialiste.

(25) Khrouchtchev laisse assez clairement entendre que l'assassinat de Kirov ne se fit pas à l'insu de Staline, si même il ne fut pas ordonné par lui. Léonid V. Nikolaïev était un membre obscur du Parti, dont il se peut que les agents de Staline se soient servis pour le meurtre de Kirov. Il fut arrêté par le NKVD lors d'une première tentative pour atteindre Kirov: il portait alors une serviette contenant un revolver. Il fut relâché peu après; serviette et revolver lui furent rendus. Kirov n'avait pas permis qu'une garde de la police secrète fût préposée à sa protection, mais il avait dans son bureau de l'institut Smolny de Léningrad un homme nommé Borisov qui lui servait plus ou moins d'ordonnance. Ce Borisov eût été un témoin gênant. Le 2 décembre, il fut appelé au NKVD de Léningrad. En chemin, il fut tué dans un accident d'automobile qui ne fit pas d'autre victime. Le 23 janvier 1935, le collège militaire de la Cour suprême, présidé par V.V. Ulrik, jugea F.O. Medved, chef du NKVD de Léningrad, ses assistants, I.F. Zaporojets et F.I. Fomine, et un certain nombre d'autres fonctionnaires du NKVD. Ils furent jugés coupables e non seulement d'insouciance, mais de négligence criminelle pour n'avoir pas pris les mesures de précaution nécessaires, alors qu'ils possédaient des renseignements sur l'attentat projeté contre le camarade S.M. Kirov". Les accusés furent tous condamnés à deux ou trois ans de camp de concentration (sauf M.K. Baltsevitch, dont la peine fut de dix ans, car il était directement préposé à la prévention du terrorisme). Envoyés à Kolyma, ils y furent tous chargés de fonctions importantes dans l'administration des camps. En 1937, tous, sauf Zaporojets, furent ramenés à Léningrad et exécutés. Zaporojets, qui dirigeait la construction des routes à Kolyma, passa sans encombre la période Iejov.

(26) La "grande purge" comporte, en effet, deux périodes: la première va de l'assassinat de Kirov à l'automne 1936. Le commissaire du Peuple à l'Intérieur, chef du NKVD, était alors H. Iagoda, qui appartenait aux organismes supérieurs de la Tcheka depuis la fondation. Il fut écarté de son poste de commissaire du Peuple le 26 septembre 1936 et remplacé par Iejov, qui devait être éliminé à son tour en 1938 et remplacé par Béria.

(27) Nicolas Iejov (1895-1939), membre du CC (1934), membre du secrétariat du CC et président de la Commission de contrôle (1935) membre du Comité exécutif de l'Internationale communiste (1935), chef du NKVD (septembre 1936-décembre 1938).

(28) Henri Iagoda (1891-1938), membre du parti bolchevik (1907), fonctionnaire de la Tchéka (1920), membre du CC (1934), chef du NKVD (1934-1936), commissaire du peuple aux PTT (1937), condamné à mort au procès de 1938 et exécuté.

(29) Document d'une importance capitale, car il montre que, selon Staline, les répressions massives au sein du PC avaient quatre ans de retard, c'est-à-dire qu'elles auraient dît commencer en 1932, lorsque Staline réclama pour la première fois l'exécution de membres du groupe de l'opposition dirigée par Rioutine.

(30) Le plénum du CC de février-mars 1937 fut le plus long de toute l'époque stalinienne. Officiellement, il dura du 23 février au 5 mars. En fait, il avait été précédé de conférences qui commencèrent vers le 10 février. La seule résolution publiée résumait le rapport Jdanov sur le rôle des organismes du Parti dans les élections qui se dérouleraient selon les prescriptions de la nouvelle constitution. En réalité, le plénum fut occupé par deux rapports: l'un de Iejov, sur les premiers résultats de ses efforts pour se familiariser avec le travail du NKVD, l'autre de Staline, sur "les lacunes dans le travail et les méthodes du Parti pour la liquidation des trotskistes". La mort d'Ordjonikidzé (18 février 1937) est directement liée à ce renouveau de la terreur, soit qu'il fût harcelé par Staline et Iejov jusqu'à ce qu'il se suicidât, soit qu'il fût empoisonné par ordre de Staline, dont il était "le meilleur ami". Cette mort ne suffit pas au dictateur. Il fit dresser au plénum un plan d'épuration, malgré l'opposition d'un certain nombre de participants. Boukharine et Rykov, à propos de qui un violent débat s'engagea, furent exclus du Parti et livrés au NKVD. Leur procès fut décidé d'avance, ainsi qu'une répression massive contre tous ceux que Iejov désignait du nom "d'ennemis masqués du peuple".

(31) F. Djerjinski (1877-1926), polonais d'origine, membre du parti social-démocrate de la Pologne russe, déporté en Sibérie en 1897. Il était en prison à Moscou quand éclata la révolution de février 1917. Au lendemain du coup de force d'octobre 1917, Lénine lui confia l'organisation de la Tchéka (devenue Guépéou, puis NKVD, puis MVD).

(32) Lénine fit proclamer l'abolition de la peine de mort en janvier 1920, afin de faciliter les négociations entreprises avec les pays de l'Ouest (ces négociations étaient conduites par le leader coopérateur russe Berkenheim). Mais, en réalité, la peine de mort ne fut pas abolie entièrement: elle fut en particulier maintenue dans les zones proches du front. En outre, quelques jours avant de donner l'ordre de cesser les exécutions, Djerjinski fit accélérer la liquidation de tous les ennemis du régime, et des exécutions massives eurent lieu dans toutes les prisons. Dans la prison Boutyrca, à Moscou, les condamnés apprirent un jour que la peine de mort serait abolie à partir du lendemain. Aussi y eut-il des scènes déchirantes quand, le jour même, les bourreaux vinrent les chercher. Quelques-uns essayèrent de se cacher. Ils furent repris et abattus. Dans le désordre, on mit même à mort des gens dont la peine avait été commuée en peine de prison. Trois mois plus tard, en mai 1920, au moment de la guerre russo-polonaise, la peine de mort fut rétablie.

(33) Pavel P. Postychev (1888-1938), ouvrier d'Ivanovo, bolchevik depuis 1904, devint membre suppléant du CC au XIVe Congrès (décembre 1925), membre du CC au XVe Congrès (décembre 1927) secrétaire du PC d'Ukraine en 1933, membre suppléant du Bureau politique du PC (b.) au XVIIe Congrès (janvier 1934). En mars 1937, il fut envoyé dans la province de Kouibychev comme secrétaire du Parti. Il fut arrêté et exécuté en 1938.

(34) Robert J. Eiche (1890-1940), bolchevik depuis 1905, révolutionnaire professionnel, plusieurs fuis exilé ou déporté jusqu'en 1917, commissaire du Peuple en Lettonie, secrétaire du Comité de la province occidentale de Sibérie de 1929 à 1934, membre suppléant du CC en 1927, membre titulaire en 1930, membre suppléant au Bureau politique en 1935

(35) Z. M. Ouchakov, un des plus vieux fonctionnaires du NKVD, fut chargé, en 1936 et les années suivantes, de l'interrogatoire des principaux communistes. En juillet 1937, il fut décoré de l'Etoile rouge. Nikolaiev est un fonctionnaire moins connu du NKVD.

(36) Moïse L. Roukhimovitch ( 1889-1938), membre du Bund depuis 1905, entré au parti bolchevik en 1913, président de la section militaire du soviet de Kharkov après la révolution de février 1917, membre du CC du PC (b.) après le XIIIe Congrès (1924), commissaire du Peuple aux Communications à partir de 1930, arrêté en 1937.

Dans la déclaration d'Eiche on parle de "réseau de réserve". Dans la terminologie stalinienne d'alors, cette expression désignait les complices des "terroristes" ou des "contre-révolutionnaires" arrêtés et jugés.

(37) Valéri I. Mejlaouk (1889-1938), bolchevik depuis 1917, membre suppléant du CC après le XVe Congrès (1925), président du Gosplan en 1936, arrêté en 1937.

(38) Yan V. Roudzoutak (1887-1940), fils de paysan, bolchevik depuis 1905, membre du CC en 1923-1927, commissaire du Peuple de 1927 à 1930, membre du Politburo en 1926, arrêté en 1938.

(39) Nicolas P. Komarov (1886-1937), bolchevik depuis 1909, membre suppléant du CC après le XIe Congrès (1922), membre titulaire après le XIIe Congrès (1923), un des plus proches collaborateurs de Kirov. Arrêté en 1937.

(40) Léonid Zakovski, chef de la section de Leningrad (1934-1938), puis de celle de Moscou, du NKVD, fut l'un des tortionnaires les plus impitoyables de la Iejovchina. Après la disgrâce de Iejov et l'arrivée de Béria, Zakovski fut arrêté et disparut.

(41) Mikhaïl S. Choudov (1893-1937), bolchevik depuis 1913, un des secrétaires du Comité de la province de Léningrad en 1928-1934, collaborateur et ami de Kirov, membre du CC, arrêté en 1937.

(42) Fiodor Y. Ougarov (1887-1937), bolchevik depuis 1905, un des secrétaires du Comité de la province de Léningrad, collaborateur de Kirov, arrêté en 1937.

(43) Piotr P. Smorodine (1897-1937), bolchevik depuis 1917, membre du Comité de la province de Léningrad, puis du CC, proche collaborateur de Kirov, arrêté en 1937.

(44) Boris P. Pozern (1881-1937), bolchevik depuis 1903, prit une part active à la guerre civile. Un des secrétaires du Comité de la province de Léningrad, proche collaborateur de Kirov, membre du CC à partir de 1934, arrêté en 1937.

(45) Liudmila K. Chapochnikova (1895-1937), ouvrière du textile, bolchevik depuis 1917, secrétaire des Syndicats de Léningrad et membre de la Commission centrale de contrôle. Arrêtée en 1937 avec son mari Choudov [note]. D'après ces biographies, il est clair que Zakovski choisit, comme membres du "Centre antisoviétique de Léningrad", des proches collaborateurs et amis de Kirov.

(46) "Oblast", division administrative, analogue à la région.

(47) Ivan D. Kabakov ( 1891-1938), bolchevik depuis 1914, secrétaire du Comité de la province du l'Oural, membre suppléant (1924), puis titulaire (1925) du CC. Arrêté en 1937.

(48) "Krai ", division administrative, analogue au département.

(49) Stanislav V. Kossior (1889-1938), bolchevik depuis 1907, membre du CC depuis 1924, secrétaire du CC de 1925 à 1928, secrétaire général du CC d'Ukraine après 1928, membre du Bureau politique du PC (b.) depuis 1934. Arrêté en 1938.

(50) Vlas Y. Choubar (1891-1938), bolchevik depuis 1907, secrétaire du Conseil des commissaires du Peuple d'Ukraine de 1923 à 1932. Il fut, par la suite, membre suppléant du Politburo du PC (b.). Arrêté en 1938.

(51) Alexandre V. Kossarev (né en 1903), bolchevik depuis 1911), membre du CC du Komsomol. Fusillé en 1939.

(52) Khrouchtchev rejette une explication très souvent donnée des "aveux mensongers", à savoir (pie les révolutionnaires communistes acceptaient non seulement la mort, mais le déshonneur personnel pour servir une dernière fois le Parti.

(53) En fait, dès les premières années (je la Tchéka, on avait l'habitude de torturer, de battre les prisonniers, surtout sur les différents fronts de la guerre civile. Mais ces pratiques étaient ostensiblement considérées comme "des méthodes interdites d'influencer les prisonniers". Il semble que la légalisation de la torture date d'un ordre secret qui suivit le meurtre de Kirov, sur l'emploi de la torture contre "les agents de l'espionnage étranger", qui "tenteraient de pénétrer sur le territoire soviétique". Pendant l'hiver 1936-1937, Boris D. Berman, alors commissaire du Peuple à l'intérieur de la république de Biélorussie, donna l'ordre de torturer les "ennemis du peuple avérés" lorsqu'ils refusaient d'avouer. Cet ordre fut approuvé pal- Staline et distribué dans toutes les sections du NKVD, accompagné d'une lettre tic recommandation an nom du CC.

(54) Au lendemain de la guerre, la propagande communiste répandit dans le monde la légende d'un Staline grand capitaine, chef militaire invincible, stratège sans égal dans l'histoire. Après avoir forgé lui-même l'Armée rouge, il avait tout prévu, tout dirigé dans la guerre et, finalement, remporté la victoire. Maréchal par la grâce de Staline avant d'être chef du gouvernement soviétique par celle de Khrouchtchev, Boulganine écrivait, dans un livre publié à Moscou en 1950 (Staline et les Forces armées soviétiques):

"Staline est le fondateur des forces armées soviétiques, le grand capitaine de notre époque. Toutes les opérations de la grande guerre patriotique ont été décidées par le camarade Staline et exécutées sous sa conduite."

Et, dans la Pravda du 21 décembre 1949, Malenkov affirmait: "Dans la Deuxième Guerre mondiale, lorsque les sombres forces du fascisme s'appesantirent sur le monde, menaçant de détruire la culture de l'humanité, le camarade Staline, à la tête de l'Union soviétique, dirigea personnellement l'oeuvre d'anéantissement des hordes hitlériennes; il assura la victoire des peuples pacifiques et fut le chef reconnu dans l'âpre lutte pour la libération de l'humanité du joug du fascisme."

Les éloges du "génie militaire" de Staline n'étaient pas le monopole exclusif de la propagande communiste. Voici ce que écrivait à l'Ouest Isaac Deutscher:

"Staline, lui, n'était pas attiré par la réalité physique de la guerre et il n'attribuait pas d'importance au contact personnel avec les troupes. Il n'est pourtant pas douteux qu'il fut leur véritable commandant en chef. Son commandement n'était nullement confiné à des décisions stratégiques abstraites, spécialité de certains hommes politiques. L'intérêt passionné qu'il consacra à l'étude des aspects techniques de la guerre moderne, jusqu'en ses détails les plus minimes, démontre qu'il était loin d'être un dilettante. Il considérait la guerre sous l'angle de la logistique, pour utiliser un terme moderne. Assurer un nombre: suffisant de réserves, acheminer des armes en quantité et proportions suffisantes, les attribuer et les transporter aux places nécessaires au moment voulu, concentrer une réserve stratégique décisive afin qu'elle soit prête pour l'intervention au moment crucial - ces opérations occupaient les neuf dixièmes de son temps." (I. Deutscher, Staline, Paris, Gallimard, 1953, p. 367-368).

(55) Le message de Churchill était ainsi rédigé: "Premier ministre à Sir Stafford Cripps: Le message qui suit est adressé par moi à M. Staline, à Condition que vous puissiez, le lui remettre personnellement:

"J'ai reçu d'un agent de confiance le renseignement certain que lorsque les Allemands crurent tenir la Yougoslavie dans leurs filets, c'est-à-dire après le 20 mars, ils commencèrent à transférer trois des cinq divisions blindées de Roumanie en Pologne méridionale. Dès qu'ils apprirent la révolution serbe, ils décommandèrent ce mouvement. Votre Excellence appréciera sans peine la signification de ces faits."

Le ministre des Affaires étrangères ajouta à ce message un commentaire explicatif à l'usage de l'ambassadeur. Le 12 avril, celui -ci faisait savoir qu'il avait adressé, peu de temps auparavant, à Vychinski, une longue lettre attirant son attention sur les échecs du gouvernement soviétique dans ses efforts pour empêcher les empiètements des Allemands dans les Balkans: il estimait inutile pour le moment d'insister. Churchill ordonna que son message fût cependant remis à Staline - ce qui fut fait le 22 avril. (Voir sur font ceci: Churchill, Mémoires sur la Deuxième Guerre mondiale, Plon, t. III, 377-381.)

(56) Durant celle période, Staline reçut d'autres avertissements, que Khrouchtchev [le mentionne pas, et, particulier ceux que le Département lent d'Etat américain communiqua en mars 1941 l'ambassadeur soviétique aux USA, Constantin Oumanski.

(57) Staline croyait à la solidité de son alliance avec Hitler. Il avait, avec lui, partagé la Pologne et, lui laissant les mains libres à l'Ouest (on sait que Molotov félicita officiellement le gouvernement hitlérien pour sa Victoire sur la France), il avait, sous la protection du pacte, attaqué la Finlande, occupé les trois pays baltes et amputé la Roumanie de la Bessarabie. Aussi ne s'attendait-il pas à être attaqué à son tour et obligé de s'allier avec les démocraties occidentales qu'il détestait et contre lesquelles il avait poussé Hitler. Cf. Roy Medvedev, Le Stalinisme, Paris, Ed. du Seuil, 1972, p. 499 s.

(58) Khrouchtchev reconnaît que, loin d'avoir renforcé le régime et permis la victoire, la terreur stalinienne avait décapité, désorganisé et démoralisé l'Armée rouge. Toutefois, Khrouchtchev ne cite le nom d'aucun des officiers supérieurs qui furent condamnés à mort sous l'inculpation absurde "d'espionnage, de violation du serment militaire, de trahison de leur patrie et de l'Armée rouge": les maréchaux Toukhatchevski, Egorov, Blücher, les généraux Alksnis, Bielov, Kachirine (qui siégèrent au tribunal qui jugea Toukhatchevski et ses collègues), Iakir, Kork, Ouborevitch, Eideman, Feldman, Primakov, Putna; les amiraux Orlov, Victorov, Sivkov, etc. En 1938, la purge avait fait disparaître presque tous les quatre-vingts membres du Conseil de guerre formé en novembre 1934 avec les chefs militaires qui avaient suivi Staline dans sa lutte contre Trotski. Le chiffre approximatif de 30000 officiers exécutés par ordre de Staline est sans doute inférieur à la réalité.

(59) Le maréchal Constantin K. Rokossovsky, ministre de la Défense nationale en Pologne jusqu'en novembre 1956, fut arrêté en 1937 à Léningrad, où il commandait un corps de troupe. Il fut l'objet de sévices durant l'interrogatoire et envoyé dans un camp de concentration d'où ü fut tiré peu avant la déclaration de guerre de 1941. Le même sort échut aux autres officiers cités par Khrouchtchev: le général Alexandre V. Gorbatov, commandant de la région militaire de la Baltique; le maréchal Cyrille A. Meretskov, commandant de la région militaire du Nord, etc.

(60) Ivan K. Bagramian, né en 1897, membre (In Parti depuis 1938, promu maréchal de l'Armée rouge un 1911 et ministre adjoint à la Défense nationale à partir du 1956.

(61) Alexandre Vassilevsky, né en 1895, membre du Parti depuis 1938, promu maréchal de l'Armée rouge en 1943, élu membre du Comité central de Parti en 1952.

(62) Georges Joukov (1896-1974), maréchal de l'Armée rouge (1943), membre du Comité central du PC et ministre adjoint de la Défense nationale (mars 1953), ministre de la Défense nationale (1955), membre suppléant du Politburo (1956), membre titulaire (juin 1957), écarté de toutes ses fonctions en octobre 1957.

(63) Kouzma Kryouchkov, cosaque du Don, qui se distingua dans les premières escarmouches contre les Allemands en 1914, et que la presse russe tenta de glorifier comme un héros national. Son nom est devenu synonyme dé chauvinisme prétentieux.

(64) Le film la Chute de Berlin, mis en scène par Michel Chiaureli, sur un scénario de Pierre Pavlenko, a été réalisé en 1949 pour attribuer à Staline tout le mérite de la victoire sur l'Allemagne. Le maréchal Joukov, qui commandait les troupes qui prirent Berlin, apparaît dans le film quelques secondes seulement, et pour recevoir les ordres de Staline.

(65) Alexandre N. Poskrebychev, entré au Parti en 1917, membre suppléant (1934), puis, titulaire (1939) du CC du PC (b.), fut le secrétaire de Staline durant de longues années.

(66) Les Karatchais, petit peuple turc de religion musulmane dans le Caucase occidental, conquis au XIXe siècle par les Russes qui le refoulèrent dans la montagne, formaient une région autonome (75000 habitants): la plus grande partie de son territoire fut rattachée à la Géorgie.

Les Kalmouks, peuple mongol de religion bouddhiste installé au nord-ouest de la Caspienne depuis le début du XVIIe siècle, formaient une république socialiste soviétique autonome de 190000 habitants, sur un territoire de 74000 kilomètres carrés, qui fut rattachée à la province d'Astrakhan. La capitale, Elista, devint la colonie russe de Stepnoé.

Les Tchetchènes-Ingouches, peuples musulmans du Caucase central d'environ 500000 individus (407000 Tchetchènes et 92000 Ingouches, d'après le recensement de 1939), occupaient un territoire de 75000 kilomètres carrés.

Les Balkars, peuple musulman de 42000 habitants. Khrouchtchev passe sous silence deux autres "génocides" staliniens. Les Allemands de Volga, constitués en république autonome (500000 habitants) ont été, déportés collectivement dès l'attaque allemande (décret du 28 août 1941). Et les Tatars de Crimée, groupés en une république autonome (300000 habitants), furent déportés en Sibérie et la république rayée de la carte de l'URSS en 1944.

(67) On ignore le caractère exact des accusations portées contre Nicolas A. Voznessenski (1903-1950), président de la Commission du Plan d'État depuis 1938, membre du CC depuis 1939, membre suppléant du Bureau politique en 1941, membre du Comité de défense d'Etat (1942), membre du Bureau politique (1947).

A.A. Kouznetsov, membre du Comité du Parti à Léningrad et du CC (1939), secrétaire du CC et membre de l'Orgburo (1946).

Michel J. Rodionov, président du gouvernement de la République de Russie, membre de l'Orgburo depuis 1946.

Pierre S. Popkov, membre du CC (1939), secrétaire du Comité du Parti pour Léningrad.

(68) Victor S. Abakoumov, ministre de la Sécurité d'Etat de 1947 à 1951, exécuté en décembre 1954.

(69) La presse n'a fourni aucune information sur la "conspiration mingrelienne" et le discours de Khrouchtchev n'apporte pas beaucoup d'éléments nouveaux. Les résolutions du Comité central du Parti de novembre 1951 et mars 1952, auxquelles Khrouchtchev fait allusion, ne fuient jamais publiées dans la presse.

(70) Les autres dirigeants de l'URSS ont appuyé à fond la politique antititoiste de Staline et couvert "l *Tito d'injures, comme en témoigne cc discours de Boulganine, prononcé le 9 septembre 1949 a Sofia:

"Judas Tito et ses complices, déserteurs malfaisants du camp socialiste dans le camp impérialiste et fasciste, ont transformé la Yougoslavie en prison de la Gestapo. Toute l'humanité progressiste regarde avec dégoût ces misérables traîtres, complices de l'impérialisme. Ils n'échapperont pas à la terrible condamnation de leur peuple. Ils auront à répondre de leurs crimes sanguinaires, de leur répugnante trahison du peuple yougoslave et dit camp démocratique tout entier. "

(71) S.D. Ignatiev, ministre de la Sûreté d'Etat et membre du Présidium du Comité central du Parti communiste au moment de la mort de Staline, fut promu le 20 mars 1953 l'un des secrétaires du Comité central, niais lors de (a réhabilitation des "médecins-assassins", deux semaines plus tard, il fut rétrogradé au poste de secrétaire du Parti de la République autonome de Bachkirie.

(72) Au moment où Khrouchtchev dénonce les accusations calomnieuses portées par Staline contre les militants qu'il voulait faire disparaître, il use des mêmes procédés: il accuse Béria d'avoir été un espion au service de l'étranger. Communiste depuis 1919 ou 1920 - c'est-à-dire depuis l'âge de vingt ou de vingt et un ans - tchékiste depuis 1922, entré au Comité central en 1934, en même temps que Khrouchtchev et Boulganine, ministre de la Police depuis 1938, membre du Politburo depuis 1939, l'un des cinq membres du Comité de défense d'Etat pendant la guerre, maréchal soviétique (pour avoir fait la guerre sur le front intérieur), vice-président du gouvernement, chargé de l'organisation et de la surveillance des recherches atomiques, premier vice-président du gouvernement à la mort de Staline, l'un des trois orateurs qui prononcèrent son éloge funèbre, mandataire du Politburo pour proposer Malenkov à la présidence du gouvernement, Béria aurait été aux ordres et à la solde d'un service d'espionnage étranger!

(73) Béria n'est pas le seul à avoir marché sur des cadavres. Kaganovitch et Mikoïan prirent, au Politburo, la place de Zinoviev et de Kamenev. C'est l'arrestation de la vieille garde bolchevique qui permit à Khrouchtchev d'entrer au Comité central et la liquidation de S. Kossior qui lui permit de devenir secrétaire du Comité central du PC ukrainien, puis membre suppléant du Politburo du PC de l'URSS.

(74) G.N. Kaminski (1895-1938), bolchevik depuis 1913, membre du CC (1930) et commissaire du Peuple à la Santé, fut arrêté à Moscou en 1937 et fusillé l'année suivante.

(75) Le Moussavat est un mouvement nationaliste turc d'Azerbaïdjan. En 1917 il constitua un gouvernement antibolchevik. Il fut vaincu en avril 1920.

(76) A.V. Snegov, chef du service de l'organisation du parti bolchevik de Transcaucasie, au début des années 1930.

(77) Laurenti I. Kartvelichvili (1891-1938) bolchevik depuis 1910, membre suppléant du CC (1930), président du Conseil des commissaires du Peuple de Géorgie (1927-1929).

(78) Michel S. Kedrov (1878-1940), entré au Parti en 1901, fut le directeur des publications bolcheviks légales à Saint Pétersbourg (il publia notamment le premier recueil d'articles de Lénine "Pendant douze ans"). De 1918 à 1924, il fut un haut fonctionnaire de la Tchéka (il opéra notamment en 1918-1919 sur le front d'Arkhangelsk, où il se fit un renom de brutalité). Peu après il se retira de la vie active, et on rapporta dans la presse étrangère qu'il souffrait d'une maladie mentale. Il publia ses souvenirs dans la Révolution prolétarienne (n° 1, 1927), un livre sur la guerre civile dans le Nord, etc. Ce n'est qu'après l'arrestation de Béria que l'on apprit qu'il avait été exécuté en 1940.

(79) André A. Andreiev (1895-1971), membre du Comité central du Parti à partir de 1920, membre suppléant du Bureau politique de 1926 à 1930, membre titulaire à partir de 1932. Il siégea au Comité central sans interruption jusqu'en 1961.

(80) Grégori Ordjonikidze (dit "Sergo") (1886-1937), Géorgien comme Staline, et son camarade de lutte dès leur jeunesse. Membre du CC dès 1912, il était lié de complicité avec Staline dès le temps de Lénine, qui écrivait dans l'une de ses notes, rédigées à la même époque que son "testament", à propos des "méthodes brutales" employées en Géorgie: "Il faut punir Ordjonikidze d'une façon exemplaire... Rendre Staline et Djerjinski politiquement responsables de cette campagne nationaliste grand-russienne."

Ordjonikidze aida Staline à détruire la vieille garde bolchevique. Promu au Politburo en même temps que Kaganovitch et Mikoïan, il fut nommé membre de la Commission de contrôle, qui présidait aux épurations dans le Parti. Mais, en 1936, quand il apprit que son adjoint Piatakov allait être arrêté, il entra dans une violente colère. Après le procès Piatakov-Radek en 1937, Ordjonikidze aurait été jusqu'à crier à Staline: "Tu es fou. Je le sais maintenant. Je t'observe depuis longtemps. Je révélerai au Parti que tu ne peux plus être notre chef, car tu es psychiquement malade." Il mourut quelques jours après (18 février 1937). Acculé au suicide? Empoisonné? Victime d'une crise cardiaque?

(81) Le culte de la personnalité, c'est-à-dire la soumission inconditionnelle à Staline et la pratique des plus viles flatteries à son égard, ne date pas de la guerre et de l'après-guerre. Il remonte même au-delà de 1934. En fait, le culte de Staline a commencé en 1929, lors de son cinquantième anniversaire. Un numéro entier de la Pravda lui fut alors consacré. Ordjonikidze intitulait son article "Le bolchevik de granit". On y lisait: "Aujourd'hui, le monde entier écrit sur Staline. Désormais, on écrira beaucoup sur lui. Il ne peut en être autrement.... Après la mort de Vladimir Ilitch, Staline se dressa devant nous de toute sa hauteur. C'est sous sa direction que fut menée la lutte contre le trotskisme et les droitiers. La victoire de ceux-ci aurait mené le pouvoir soviétique à la ruine... Que les ennemis mondiaux du communisme prononcent ce nom avec haine; nous, nous souhaitons sincèrement à Staline une bonne santé, des succès plus grands dans l'édification socialiste en URSS et la victoire de la révolution prolétarienne mondiale sous le drapeau du léninisme."

Un autre bolchevik, Boubnov, qui devait, lui aussi, être victime de la terreur, vantait en Staline "le léniniste, l'organisateur, le chef", et lui décernait le titre de "théoricien": "Les travaux théoriques de Staline -garantissent le renforcement de cette théorie marxiste-léniniste qui est, pour la politique bolchevik, le point de départ de ses succès pratiques..."

Au XVIIe Congrès, en 1934, c'est-à-dire à une date où, selon Khrouchtchev, Staline consultait encore le Comité central, le culte de la personnalité battait déjà son plein: Kirov déclarait que Staline était "le plus grand des chefs de tous les temps et de tous les peuples", et un autre orateur, à l'époque presque inconnu, Nikita Khrouchtchev, qualifiait de "génial" le rapport présenté par Staline.

(82) Khrouchtchev ne (tonne pas les noms des six personnes qui signèrent cette biographie de Staline. L'un d'eux, l'. Pospelov, promu en 1956 membre du secrétariat du CC, fut chargé précisément de diriger la Commission qui prépara le Rapport secret de Khrouchtchev contre "le culte de la personnalité".

(83) Il y eut des prix Staline de toutes sortes, littéraires, scientifiques, artistiques. Il y eut aussi le prix Staline de la Paix. Parmi mi les bénéficiaires, citons en 1950, Frédéric Joliot-Curie et Mille Eugénie Cotton; en 1951, Pietro Nenni; en 1952, Yves Farge; en 1953, Isabelle Blum et Pierre Cot.

(84) Réalisé par Mosfilm, en 1951, sur un scénario de Vichnevsky, Filimarov et Chiaureli, sous la direction de Chiaureli. Un monument de flagornerie.

(85) Kliment I. Vorochilov (1881-1969), membre du Comité central depuis 1921, membre du Politburo depuis 1926, commissaire à la Défense nationale à partir de 1925, maréchal de l'Armée rouge (1935), président du Présidium du Soviet suprême (1953-1960).

(86) Vorochilov a été étroitement associé à la glorification du génie militaire de Staline. Dans l'ouvrage collectif déjà cité Staline et les Forces armées soviétiques, il a même réussi à ne mentionner qu'un seul chef militaire dans l'exposé du rôle de l'Armée rouge d'octobre 1917 à mai 1945: Staline. Il terminait ainsi son étude: "C'est à juste titre que nous appelons la science militaire; science militaire stalinienne. "

(87) Les révélations contenues dans cette dernière partie du Rapport sont parmi les plus importantes. Staline avait exterminé ceux qui étaient ses collègues an Politburo et au CC au temps <1e Lénine. Il se tourna ensuite contre ses propres créatures, qu'il avait fait entrer au CC en 1934. Et voici que, dans les derniers mois de sa vie, il nourrissait le dessein d'exterminer une nouvelle fois les membres de l'équipe dirigeante. Une purge se préparait.

(88) L'attitude de Postychev au plénum du CC de février-mars 1937 a déjà fait l'objet de nombreuses discussions (Cf. la brochure de H. Kostink, The Fall of Postyshev, New York 1954, et l'étude de B. Nicolaevsky, "From the History of the Yezhovschina: the Fall of Postyshev", in Socialist Courrier, 1954, no. 12, p. 237-240).

(89) Le dernier plénum du CC officiellement annoncé du vivant de Staline fut celui de février 1947, au cours duquel A. Andreiev présenta son rapport sur l'agriculture. Mais, de la notice biographique consacrée à Boulganine dans la seconde édition de la Grande Encyclopédie soviétique, il ressort qu'un autre plénum eut lieu en février 1948. Il ne fut jamais annoncé dans la presse.

(90) Le XIXe Congrès s'est réuni du 5 au 14 octobre 1952 et le Comité central a tenu sa séance plénière le 16 octobre.

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